Larbi Benbarek, la « Perle noire » que Pelé appelait le dieu du football
Avant Raymond Kopa, avant la télévision, Larbi Benbarek fut la première grande vedette de l'équipe de France. Né à Casablanca, adulé à l'OM et à l'Atlético de Madrid, il est mort seul en 1992, à 78 ans, presque oublié.
Pelé l’avait pourtant prévenu: « Si je suis le roi du football, alors Larbi Ben Barek en est le dieu. » Malgré ce témoignage, le nom de Larbi Benbarek reste l’un des plus méconnus de l’histoire du football français, lui qui en fut pourtant la toute première star, bien avant que Raymond Kopa ne soulève le Ballon d’Or en 1958.
Né à Casablanca, dans un Maroc alors sous protectorat français, Benbarek est menuisier à 14 ans avant que le football ne change le cours de sa vie. Repéré lors d’un match amical entre la sélection marocaine et l’équipe de France B, il rejoint l’Olympique de Marseille, où il s’impose rapidement comme l’attraction du championnat de France. Appelé en sélection nationale, il s’illustre notamment lors d’un déplacement à Naples, où le public hue les deux joueurs noirs de l’équipe de France — une hostilité qui ne fait qu’amplifier son aura. Un sondage organisé par le journal L’Auto, ancêtre de L’Équipe, lui vaut alors le surnom de « Perle noire ».
Sa carrière est pourtant deux fois brisée dans son élan. La Seconde Guerre mondiale le contraint à rentrer au Maroc, où il continue de jouer avec l’US Marocaine. À son retour en France, il passe par le Stade français avant de s’envoler pour l’Atlético de Madrid en 1948. Sous les ordres d’Helenio Herrera — entraîneur argentino-franco-marocain qui popularisera plus tard le catenaccio à l’Inter de Milan —, Benbarek remporte deux titres de champion d’Espagne avec les Colchoneros et s’impose comme l’un des meilleurs joueurs du continent.
De retour à l’OM en 1953, accueilli en héros, il répond à la pression populaire et honore une ultime sélection contre l’Allemagne de l’Ouest à 37 ans. Ce dernier match lui vaut un record qui tient encore dans les livres: la plus longue longévité internationale française, à quinze ans et dix mois. Just Fontaine, qui l’a côtoyé, résumait ainsi le paradoxe de sa légende: « Pelé reste pour moi le plus grand, mais il a été la première idole parce que la télé existait. Ce qui n’était pas le cas de Ben Barek, dont le génie n’a donc pas pu être connu, vu de tous. »
Devenu entraîneur après sa retraite, Benbarek dirigea à deux reprises les Lions de l’Atlas avant de disparaître progressivement des radars. Il est mort le 16 septembre 1992, dans la solitude et l’indifférence, à l’âge de 78 ans — trente-quatre ans déjà.
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