La FIFA paie intégralement l'arbitre somalien Artan : un aveu de culpabilité, pas de la générosité
Omar Artan a été refoulé à l'aéroport international de Miami après 11 heures d'interrogatoire par les autorités américaines de l'immigration et renvoyé à Mogadiscio sans arbitrer un seul match. La FIFA a confirmé qu'il recevrait l'intégralité de ses honoraires de Coupe du Monde.
La FIFA paiera l’arbitre somalien Omar Artan à hauteur de ses émoluments complets de Coupe du Monde, bien qu’il n’ait jamais mis les pieds sur un terrain du tournoi — une décision qui ressemble bien moins à de la compassion qu’à un aveu implicite que quelque chose s’est mal déroulé.
Artan a été retenu pendant 11 heures par les autorités américaines de l’immigration à l’aéroport international de Miami en début de semaine avant de se voir refuser l’entrée aux États-Unis. Les autorités ont invoqué une prétendue « association avec des membres suspects d’organisations terroristes ». Artan a déclaré avoir été interrogé sur ses liens avec le groupe militant somalien Al Shabaab et a clairement indiqué qu’il n’avait aucune connaissance de cette organisation. Il a ensuite été placé dans un vol à destination de la capitale somalienne Mogadiscio via Istanbul, sa Coupe du Monde terminée avant même d’avoir commencé.
La confirmation de la FIFA selon laquelle Artan sera néanmoins payé intégralement à la conclusion du tournoi est présentée par certains comme un acte de décence. Il faut plutôt y voir un aveu implicite que l’instance dirigeante accepte une part de responsabilité dans ce qui lui est arrivé. Le rêve professionnel d’un homme a pris fin à une porte d’embarquement, et aucun rattrapage salarial ne peut le restaurer.
Cette décision s’accorde mal avec l’appétit bien documenté de la FIFA pour les revenus. L’instance dirigeante facture aux supporters près de 6 dollars pour un paquet de chips, 8 dollars pour un Coca-Cola, et 18 dollars pour du poulet et des frites dans les enceintes d’Amérique du Nord. La volonté de verser des milliers de dollars à un arbitre qui n’a pas travaillé une minute du tournoi représente un écart notable par rapport aux instincts financiers habituels de l’organisation.
La FIFA a fait face à des critiques sur plusieurs fronts lors de cette Coupe du Monde — accusant les supporters de congestion dans les coursives du stade pour expliquer les sièges vides, et abandonnant discrètement la prétention que les pauses hydratation en cours de match servent à un autre but que des intérêts commerciaux. Dans ce contexte, honorer le contrat d’Artan ressemble à une concession inhabituelle: une organisation qui admet rarement ses erreurs règle tranquillement une dette dont elle sait qu’elle la doit.
Que cela signale un véritable changement dans le fonctionnement de la FIFA reste à voir. Un arbitre indemnisé ne réécrit pas des décennies de gouvernance intéressée. Mais pour Artan, au moins, le long voyage du retour ne sera pas entièrement sans récompense.
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